1 décembre 2025 | Joseph Magon de la Villehuchet
Transcription d’une conversation entre deux personnes au Cap-Ferret, le 4 août 2024 (N.D.L.R. : cette discussion a réellement eu lieu ; rien n’est le fruit d’une caricature purement réductrice…).
“ – Ah non, mais Londres, c’est tellement bien, meuf.
Mais siiiii, viens, tu vas A-do-rer ! Et t’es jamais venue à Noël ? Ah, mais énorme ! C’est tellement cute, on fera mille trucs, prends tes billets maintenant, enfin vraiment meuf ça va être ouf genre.
– Ah, mais tu m’as trop chauffée. Mais t’inquiète : je les prendrai à la dernière minute.
– Non mais prends-les maintenant, genre là ils coûtent rien en vrai. Attends, je regarde… C’est seulement 872 dollars canadiens l’aller, t’auras pas mieux.”
C’est alors que le moment est venu : Olivia, étudiante au Collège de droit d’Assas, est venue voir sa pote Laura, en dernière année de BASc à UCL ; elle prévoit d’intégrer HEC mais n’aura que l’IE Madrid en MiM. Figurez-vous qu’Olivia a passé un excellent week-end ce 6 décembre, elles sont allées au restaurant, au musée, à la patinoire, tester l’indien local de Covent Garden (Dishoom), se sont même aventurées à Richmond Park parce que c’est dépaysant un lendemain de Maddox… Mais de toutes les balades, de tous les plannings, elles ne seront pas allées au cinéma.
Non, autant que pour ce qui est du restaurant, il fallait juste réserver deux semaines à l’avance, mettre un deposit, envoyer un CV, passer des entretiens sur trois rounds, à l’issue desquels elle recevra le mail suivant : “Congratulations, vous avez une table de 18h à 18h30”, il en va de même pour la patinoire ou le Maddox, mais le cinéma, lui, c’est trop d’organisation, ça coûte un pied et ce BOOKING FEE, la ***a** d* s** ****s… (c’est un ticket de ciné offert pour celui qui trouvera ce qui se cache derrière cette vulgarité de bas étage.)
Ça n’empêchera pas Olivia d’être absolument convaincue par Londres. Il faut dire qu’elle a trouvé ça tellement spontané… Puis il faut la comprendre : c’est vaste, c’est propre et, summum, il y a des décorations de Noël. Après avoir fait trois ans de dur labeur en droit, elle fera un LBS, histoire de tenter une carrière dans le risque financier chez Goldman.
Après ce tunnel, ma foi, inutile, c’est là que je rentre en jeu, car si on aime Londres, c’est bien parce que c’est assez européen pour qu’on s’y sente en confiance, tout en n’ayant rien à envier à la grandeur d’un NYC. C’est donc, par A + B, la ville parfaite, le meilleur des mondes.
Néanmoins, il y a une variable qui passe à la trappe dans cette situation…
La spontanéité. J’aurais adoré vous dire que le mot n’existe pas en anglais, mais, malheureusement, il n’en est rien ; pour autant, toute la recherche s’accorde à dire qu’il leur est étranger (A. Camus, 1942). Parce qu’on ne pourra pas enlever l’amabilité aux Brits, on peut pour autant souligner leur monopole de l’hypocrisie. Ah, ce n’est rien de dire qu’ils ont le « I’m afraid » facile.
Ainsi, confronté à l’adversité de la spontanéité, le Français de Londres se doit de suivre le mantra de Sun Tzu : “如果你走上了翻译之路,那你真是勇敢啊”.
Car oui, il faut choisir ses batailles ; les 25 £, ici et là, ont leurs limites.
Mais quand on sacrifie le cinéma, je me dois d’intervenir de toute urgence !
C’est pourquoi, après ce propos introductif bien trop long, vous méritez un guide du cinéma londonien. Le guide complet qui aura pour but de vous montrer que NON, il n’est pas impossible d’aller au cinéma sans débourser un genou comme le disent… les Chinois (il faut croire).
Pour me faire pardonner ce torchon, je vais être expéditif avec une liste loin d’être exhaustive.

Les cinémas pour les blockbusters:
La chaîne Picturehouse est vraiment très cool, c’est propre, c’est sympa, ce n’est pas donné (± 15 £), mais il y a des abonnements avec deux tickets offerts pour 27 £ si on inclut le Picturehouse Central (Piccadilly Circus, leur cinéma principal), avec ce student membership, les films coûtent aux alentours de 12 £ par la suite, parfois moins pour les vieux films.
Il y a aussi le Ryanair du cinéma, les Vue. Je suis mauvaise langue mais oui, si vous voulez de la legroom, il faudra passer à la caisse. C’est la politique “Tu veux du service, tu paies!”. Néanmoins, c’est le process le plus simple si vous ne voulez pas vous casser la tête, que vous voulez juste voir un mauvais film tranquillement, vous en aurez pour environ 10 £.
Enfin les Curzon, c’est moins blockbuster américain, plus Downton Abbey, mais vous pourrez y trouver votre bonheur. Le Curzon de Mayfair est par ailleurs tout à fait charmant, bas de plafond, moquette et tutti quanti. La salle 1 est vraiment belle, si l’idée d’une story Insta vous inspire, regardez le plafond… c’est cadeau ! Ce n’est pas forcément donné non plus, mais ils aident les moins de 25 ans (± 11 £) donc allez là-bas! C’est sans doute le meilleur rapport qualité/prix que vous aurez.

Le cinéma pour les films:
Ce titre sous-entendrait qu’on n’irait pas au cinéma pour les films. Mais si, grosso modo, vous ne voulez plus mentir quand on vous demande si vous avez vu tel ou tel film sorti il y a cinquante ans dans l’Empire soviétique, c’est à un seul endroit que ça se passe, The Prince Charles Cinema. J’exagère un peu sur les films russes parce que la réalité est que vous avez de tout sauf des films à l’affiche, que des films déjà sortis, allant d’un “À bout de souffle” à “The Dark Knight”, il n’y a aucune fausse note, tout est bon à voir, d’autant plus qu’ils essaient au maximum de les montrer à la pellicule, ça paraît inutilement snob mais je vous assure, ça rajoute quelque chose. Ce n’est pas le meilleur écran ni les meilleurs sièges mais l’ambiance est unique et c’est un cinéma emblématique de Londres. C’est aux alentours de 12 £, encore une fois vous avez des abonnements mais bon… Fastidieux.

Les cinémas pour le lieu:
Là on parle story Insta, rendez-vous amoureux, il s’agit d’impressionner ! Alors je vais faire court: allez à l’Electric Cinema de Notting Hill, le cinéma le plus beau de Londres, vous serez pauvres mais soit… Faites attention à ne pas prendre vos places tout au fond, l’erreur est vite arrivée, car oui, il y a cette fâcheuse tendance qui nous oblige à choisir nos places en avance, fini de se demander où on se met quand on franchit la porte. Ah je vous parle d’un temps !
L’Everyman a sa touche aussi, à croire que l’idée est de pouvoir dormir devant le film, alors pareil, pas le meilleur écran, pas le meilleur son mais c’est un nouveau type d’expérience, vous serez bien, très bien, trop bien ? Mais surtout vous serez pauvres…
Le cinéma pour l’expérience:
Alors là oui, grand oui, il n’y a qu’un endroit, le BFI IMAX, je n’ai jamais ressenti ça de ma vie, le plus grand écran d’Europe (512 m²), un son parfait, s’il faut aller voir un grand film au sens de l’échelle, c’est là-bas. Mais attention, n’allez pas y voir n’importe quoi, il faut voir des films qui ont été filmés en IMAX (Avatar, One Battle After Another) où l’écran entier est exploité. D’autres sont faits pour IMAX (tous les blockbusters américains), vous n’avez alors généralement que 70 % de l’écran qui est utilisé, ça n’en est pas moins magique. C’est aux alentours de 23 £ mais honnêtement, c’est indescriptible.

(Une si petite photo rend difficilement hommage à l’échelle et au son)
Les cinémas pour le prix:
Il y a le jumeau de l’IMAX, c’est le BFI Southbank où la place est à 4 £ pour les moins de 25 ans (démarche à faire avant), néanmoins les films y sont moins attrayants.
Notre très cher Ciné Lumière à l’Institut français. C’est 5 £ la place pour les moins de 25 ans avec, pareil, une démarche à faire avant. Si vous voulez voir des films d’Adèle Exarchopoulos, c’est là-bas que ça se passe.
Le Regent Street Cinema est aussi une belle solution, vous avez les lundis à 6 £ la place et le reste aux alentours de 11 £ pour les moins de 25 ans. C’est honnêtement un super cinéma, bien placé, sympathique, joli, je vous conseille franchement d’y aller.
Les coups de cœur:
L’autre, c’est le Regent Street Cinema parce que c’est un des meilleurs compromis qu’il y ait. À la fois proche de UCL, pas hors de prix, qui diffuse les films qu’on veut voir.
Parce que nous avons trop parlé d’argent, je veux vous parler avec le cœur, et mon cœur penche clairement vers la paire que forment le BFI Southbank et le BFI IMAX, l’un parce qu’il est tellement chaleureux, joyeux, que la salle 1 est parfaite, c’est vraiment de superbes souvenirs de cinéma avec des salles remplies pour les films qui en valent la peine, l’autre parce que c’est sans doute l’expérience la plus impressionnante que j’aie eue de ma vie, celle de voir Interstellar deux fois comme il a été pensé avec des gens passionnés autour. Ces deux-là sont les raisons pour lesquelles je vais au cinéma.
Vous l’aurez compris, le cinéma à Londres est sous-coté, il est différent du parisien parce que plus niche, plus de différences les uns des autres, beaucoup de rétrospectives, d’événementialité avec des films de Noël, tous les films de Tom Cruise lorsqu’il sort un Mission Impossible, le cinéma londonien est moins accessible mais plus dynamique. Ils ont un charme fou et je suis loin de les avoir tous mentionnés ni de tous les connaître mais soyez curieux, il y a plein de cinémas de quartier, d’autres grandes chaînes comme Odeon et si vous voulez y aller avec quelqu’un, si vous voulez des recommandations ou des réductions, vous savez à qui demander.
¡I’ll see you at the movies!
TL;DR:
- Oui, les grosses chaînes (Picturehouse, Vue, Curzon) ne sont pas données, mais avec un peu d’organisation, vous pouvez vous en sortir pour autour de 10/12 £.
- Pour voir des grands films et des classiques : Prince Charles Cinema = temple des cinéphiles londoniens, le BFI Southbank fait aussi de super rétrospectives.
- Pour l’expérience : Electric Cinema et Everyman, histoire d’impressionner.
- Pour l’expérience absolue : BFI IMAX, difficilement descriptible sans y aller.
- Pour les bons plans : BFI Southbank, Ciné Lumière, Regent Street Cinema = places à 4/6 £ pour les moins 25 ans.
Merci de m’avoir lu, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! Si par exemple une explication plus technique de ce qu’est la technologie IMAX au-delà d’un argument marketing vous intéresserait.
