18 Novembre 2025 | Anouk Niddam

Il y a quatre-vingt ans, le 20 novembre 1945, s’est ouvert le procès de Nuremberg. Capitale idéologique du nazisme, Nuremberg accueille le procès de 21 chefs et hauts gradés du régime génocidaire. Cet événement fait date, ayant été le berceau de trois innovations majeures, fondatrices du droit international moderne. Au-delà d’être un pionnier en termes de justice internationale, le procès de Nuremberg marque la naissance des procès-spectacles. Quatre-vingt ans après la clôture du procès, il est essentiel d’interroger son héritage historique et juridique. Quel récit de la Shoah a-t-il contribué à façonner ? Nuremberg représentait une promesse fondatrice pour la justice internationale, celle d’un droit universel capable de juger les crimes les plus graves. Reste à savoir si cette promesse a bien été tenue.
Cet événement est d’autant plus novateur qu’il est hautement médiatique bien avant l’ère de la médiatisation globale. Ce procès, traduit et filmé en simultané, est le témoignage d’une volonté des puissances occidentales de faire une démonstration de force morale. Pensé pour juger, et surtout pour montrer, il structure notre vision du mal absolu.
Jamais un État n’avait été traduit en justice pour ses propres crimes, et jamais le principe de responsabilité pénale individuelle des dirigeants n’avait été appliqué à une telle échelle. Pourtant, le véritable caractère révolutionnaire de Nuremberg réside ailleurs. Il réside dans l’introduction de la notion de « crime contre l’humanité ». Ce chef d’accusation désigne un acte qui heurte profondément la conscience de l’humanité, un acte inhumain, de caractère analogue, portant intentionnellement atteinte à l’intégrité physique, morale et psychologique.
Il s’agit désormais de déterminer ce qu’il reste aujourd’hui de l’héritage promis en 1945 au procès de Nuremberg.
Créé en 1994 suite au génocide contre les Tutsis, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a permis de juger des responsables militaires et politiques. Le TPIR a reconnu la responsabilité individuelle des dirigeants et a qualifié juridiquement le génocide en tant que crime contre l’humanité. Cette démarche fait écho aux jugements rendus contre les hauts responsables nazis. Dans le cas du Tribunal pénal international pour le Rwanda, héritage du procès de 1945, la justice internationale s’est montrée capable de juger l’un des crimes les plus graves. La promesse de Nuremberg est tenue.
Néanmoins, certaines puissances majeures refusent le jugement de leurs citoyens par une juridiction internationale. Cela provoque une justice partielle où les États faibles ou en crise peuvent être jugés, alors que les États puissants le sont rarement. Ce phénomène rappelle que la justice de Nuremberg était celle des vainqueurs. Cette asymétrie au sein de la justice internationale, déjà présente lors de la création du système à Nuremberg, où seuls les vaincus furent jugés, n’a jamais réellement disparu.
Quatre-vingts ans après la fin du procès de Nuremberg, son héritage apparaît profondément ambivalent. Le procès a posé les fondations d’un droit pénal international qui a su faire vivre l’idéal d’une justice internationale capable de s’élever au-dessus des États. L’exemple rwandais en témoigne. La communauté internationale est capable de juger l’indicible lorsqu’elle en a la volonté politique. Cependant, le système né en 1945 demeure incomplet. La persistance des rapports de force entre puissances et l’incapacité à juger certains États rappellent que la promesse de Nuremberg demeure fragile.
Le procès de Nuremberg, plutôt qu’un modèle de justice internationale accompli, demeure un idéal de droit humaniste vers lequel tendre.
https://www.nationalww2museum.org/war/topics/nuremberg-trials
https://academic.oup.com/jicj/article-abstract/4/4/830/802420
https://www.un.org/french/pubs/chronique/2005/numero4/0405p26.htm?utm_source=chatgpt.com
