28 Janvier 2026 | Stanislas Morel

Depuis le début de l’opération dite « Metro Surge », lancée en décembre 2025 par le gouvernement américain pour intensifier les expulsions et les arrestations de personnes en situation irrégulière, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) s’est retrouvée au centre d’une crise politique et sociale majeure aux États-Unis. Cette opération, qui a déployé des milliers d’agents fédéraux dans des villes comme Minneapolis, a été marquée par des tactiques de plus en plus agressives et des affrontements récurrents avec les populations locales.

Preuve à l’appui : le 24 janvier 2026, la tension a atteint un nouveau sommet lorsque Alex Pretti, un infirmier en soins intensifs de 37 ans, a été abattu par des agents de la Border Patrol (département rattaché à l’ICE) dans le quartier de Whittier à Minneapolis. Selon de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, Pretti n’était ni agressif, ni armé au moment où il a été approché par les agents. Il filmait apparemment l’intervention et tentait de porter secours à une femme qui venait d’être poussée au sol lorsqu’il a été aspergé de gaz, plaqué, puis abattu par plusieurs tirs alors qu’il gisait au sol.                                             

Cet événement tragique intervient moins de trois semaines après la mort de Renée Good, une autre résidente de 37 ans, également tuée par un agent de l’ICE le 7 janvier lors d’une opération similaire à Minneapolis. La mort de Good avait déjà suscité une vague d’indignation, car les autorités fédérales avaient d’abord tenté de présenter l’incident comme une situation d’auto-défense, une version largement contestée après la diffusion des images


La fusillade mortelle contre Pretti a déclenché des protestations massives non seulement à Minneapolis, mais aussi dans des villes comme New York, Los Angeles, Chicago ou Boston, où des centaines de manifestants ont exigé justice et la fin de la présence des agents fédéraux. Dans le Minnesota, le gouverneur Tim Walz et le maire de Minneapolis ont publiquement appelé à réduire la présence de l’ICE et à remettre les enquêtes entre les mains des autorités locales, qualifiant les opérations fédérales d’« illégales » et contraires aux valeurs constitutionnelles.


La mobilisation a aussi pris une ampleur spectaculaire dans le monde du sport professionnel, un univers rarement aussi politisé à ce niveau. Plusieurs stars de la NBA ont réagi publiquement à la mort d’Alex Pretti, utilisant leurs plateformes, suivies par des millions de fans, pour dénoncer les violences policières et réclamer des comptes. LeBron James a partagé un message évoquant « une nouvelle preuve que la brutalité institutionnelle continue de coûter la vie à des innocents », et appelant à une réforme profonde des forces fédérales. Stephen Curry a publié une photo noire accompagnée du message « Justice for Alex and Renée », devenue virale en quelques heures. De son côté, Tyrese Haliburton, très suivi chez les jeunes supporters, a qualifié l’affaire de « tragédie évitable » et a appelé ses abonnés à s’informer et à voter. Au dela du basket, dans le monde du football, l’international américain Christian Pulisic a partagé un message de soutien aux familles des victimes, rappelant que « la justice et la dignité humaine doivent dépasser les frontières politiques ».

Cependant, la mobilisation ne se limite pas au sport. Des leaders du divertissement comme Billie Eilish, Pedro Pascal ou Ariana Grande ont exprimé leur colère et appelé à la responsabilité politique.

Du côté des autorités politiques, la réponse a été contrastée. Le président Donald Trump, qui a promu ces opérations de l’ICE comme nécessaires pour renforcer l’application des lois migratoires, a défendu l’action des agents tout en appelant au calme et à la coopération avec les autorités locales, après des discussions avec le gouverneur et le maire du Minnesota. Sa femme, Melania Trump, a appelé à l’unité et à des manifestations pacifiques.

Les démocrates au Congrès ont profité de cette crise pour bloquer le financement du Département de la Sécurité intérieure (DHS), dont dépend l’ICE, et exiger des réformes importantes ainsi qu’une supervision accrue de l’agence.

Les familles des victimes n’ont pas été en reste. Les proches de Renée Good ont publié une déclaration dénonçant ce qu’ils jugent être une « culture de violence institutionnelle », tandis que la famille de Pretti a appelé le public à regarder les images et à « dire la vérité » sur ce qui s’est réellement passé, rejetant catégoriquement les versions officielles.

Dans l’ensemble, ces événements ont progressivement transformé l’ICE d’une agence controversée mais relativement technique en symbole d’un débat national beaucoup plus vaste sur l’immigration, le rôle des forces fédérales, la protection des libertés civiles et la confiance envers l’autorité publique. Alors que les États-Unis entrent dans une période électorale et politique clé, le futur des politiques migratoires et de l’application des lois par des agences comme l’ICE restera sans doute l’un des sujets les plus débattus et polarisants du pays.